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À propos

La biographie de Mounir Chaïbi est aussi encombrée que son atelier, toute en vrilles, en virages, en voyages. Le premier, en 1967, le sépare de son sud tunisien natal et le dépose, dans la capitale. A l’intérieur, à l’extérieur du périph, c’est selon l’époque, mais très vite dans le tout terrain à jamais mélangé de l’art et de l’éducation.

 

Aux jeunes en galère, dont il s’occupe très tôt, il enseigne le graphe, le dessin.

En 1980, il les emmène en Toscane. Voyage fondateur. L’Italie devient sa troisième patrie. Depuis, il y séjourne régulièrement, encore ébloui aujourd’hui par cette expérience de 1981, où, pendant un mois, il assiste à un symposium de sculpture.

A son tour, il fricote avec le carrare et l’albâtre, s’associe aux performances de ses nouveaux amis italiens, enchaîne ateliers où il enseigne et ateliers où il apprend, ici ou là-bas.

 

Après une échappée vers le design, le voici calé définitivement dans la sculpture.

Il s’initie à la résine, au drapé sur bois. Côté métal, il découvre une fonderie près du Père Lachaise, où l’on travaille à l’ancienne depuis trois générations. Collaboration immédiate.

 

En 2001, on le retrouve à Moscou, où il expose. L’Ecole des Beaux Arts moscovite l’accueille à nouveau en 2002, cette fois-ci pour travailler sur une sculpture en bois. La même année, les « Ateliers Sculpteurs » voient le jour, en France. Objectif : offrir, à des prix abordables, des outils, des techniques, des matières, des expos.

 

C’est une grande dame, en pierre de Massangis, toute en vrilles, en volutes, en voiles, en vents, qui intrigue, les passants de la rue Chardanne, au Près St Gervais. En 2005, la ville voulait un bol d’air pour cette trop sage rue piétonne…Mounir Chaïbi s’est envolé pour 2 spirales de mystère, sculptées dans un bon vieux calcaire du crétacé inférieur…Voiles d’Orient, Vierge d’Occident, Gitanes enjuponnées?

Selon qu’on la déguste de dos, de face ou d’ailleurs,  » Femméol » est multiple. Son visage sans traits prolonge le doute et laisse au badaud le soin d’imaginer…

 

Alors semi-figuratif, Mr Chaïbi? Souvent, mais rien de systématique. Soit « Femtasme », buste en pierre, projetant une femme-proue, d’une beauté nickel. Densité des seins, tensions des clavicules, flots des boucles. On est là face à une statuaire antique, où tout est dit. Quel rapport avec l’énigmatique dame du Près St Gervais? Aucun, sauf ce goût de l’auteur pour la surprise, l’hétérogène, le multiple…Pour s’en convaincre, une simple rotation de 180° autour de la belle suffit: on découvre alors le monstre qui s’acharne dans son dos et explique sa curieuse posture.

 

Mais le simple, le net, le direct, séduit aussi cet artiste bricoleur, bidouilleur, touche à tout, qui reconnaît sa difficulté à « nommer » ses créatures: « J’ai peur que cela fige ! ». Donc, à l’origine, jamais le Verbe ou l’Idée, mais toujours le Visible: les veines d’un noyer, les nuances d’un albâtre, les innombrables dessins qui s’accumulent depuis l’enfance.

 

L’essentiel est dans la genèse. Sept ans pour cette « Femme pieuse », surgie tout doucement d’un bloc d’olivier, au final, le fin visage d’une madone, à demi caché par une frange de bois drapé. Autre histoire, autre aventure. « Dans un bar à Lille, un soir de déprime, j’ai dessiné toute la nuit. De ces esquisses, naîtra, beaucoup plus tard, «Houta», sorte de puzzle en bronze, curieux bas relief, où la légèreté des gestes de celle qui se coiffe s’amplifie de la lourdeur des seins oblongs.

 

« Eau », en résine chargée de fer, raconte un homme zen, aux yeux clos, et c’est bien sur un pénis que se referme cette main en stéatite…œuvre sans titre, celle-là, comme tant d’autres… On l’aura compris, Mounir aime les filiations, mais pas les collections.

« Une sculpture va m’en suggérer une autre, m’ouvrir l’appétit, mais répéter la même avec un zeste de différence, c’est tuer l’œuvre précédente ».

 

Claude Aubert, professeur de Lettres et directrice du Fugitif ST Mandé Muséum